10/04/2008

conférence du 19 mars 2008 à l'ADES: Sabrina BAUWENS

Couple et plaisir.

 

J’ai été extrêmement étonnée quand l’ADES m’a proposé de faire une intervention ce jour. En effet, qu’est-ce que moi, petite sexologue liégeoise, pouvait apporter à son assemblée avec ses 6 années de pratique et de recherches sexologiques ?

Pourtant j’ai accepté et avec les semaines qui défilaient, je me suis vite dit qu’il y avait d’innombrables choses à dire, voire que les 20 minutes qui m’étaient accordées n’allaient pas être suffisantes. Ma curiosité et mon regard sur le monde ont pris le dessus pour me pousser à jeter les mots sur le clavier. Mais dans quel ordre les mettre ? Comment orchestrer mes idées ? Qu’importe, je me lance, je lâche prise comme on dit chez nous…

 

Je vais donc vous proposer une réflexion personnelle, basée sur ma pratique mais aussi sur les nombreuses expériences professionnelles que j’ai pu acquérir pendant ces années : collaboration avec des journalistes, études de tendances, collaboration avec la France ou le Japon, …

 

Loin de moi l’idée de critiquer, de faire des amalgames ou des généralisations, juste vous livrer des observations, des impressions qui bercent mon quotidien et peut être aussi le vôtre…

 

Couple et plaisir :

 

Voilà deux thèmes magnifiques, vastes, décortiqués par tous depuis des siècles et qui, pourtant, sont toujours indémodables. Certains m’ont soufflé que les sujets étaient « bateau », presque surannés, que tout avait été dit depuis longtemps. Je restais sceptique …

Deux mots pleins d’images, de fantasmes, de rêves et d’illusions. Chaque être humain ne peut les entendre titiller à son oreille sans avoir immédiatement une émotion ou un souvenir qui lui saute à la tête.

Ces mots sont le sujet de livres, revues, articles, émissions de télévision et radio, études, poèmes, peintures, mais encore de conférences, débats, tables rondes, colloques, de symposiums… Et j’en oublie certainement. Tout le monde a quelque chose à dire, à rajouter, à approfondir sur la question.

 

Et pourtant, malgré ces années de paroles et d’écriture, les cabinets de sexologues et autres spécialistes ne désemplissent pas d’hommes et de femmes mal dans leur couple, mal dans leur plaisir. Après autant de pages et de mots sur le sujet du plaisir dans le couple, on n’a toujours pas trouvé les solutions, les pistes pour les aider. Le chemin du plaisir à deux ressemble plutôt à la route de briques jaunes dans le « Magicien d’Oz » au lieu d’un Thalys nommé Nirvana.

 

Après pas mal d’années universitaires et d’études approfondies sur le sujet, je pensais pouvoir aborder la chose avec mes patients. Voilà pourtant 6 années que je suis en perpétuelle évolution, questionnement à ce sujet.

Qui sont les couples d’aujourd’hui ?

De quoi ont-ils besoin pour évoluer ? Et pour nourrir leur sexualité ?

Ont-ils enfin trouvé le chemin du plaisir ?

Savent-ils comment fonctionnent leur corps et leur sexualité ?

 

La liste de questions peut encore continuer…

Et le pire, c’est que les réponses sont noires et décourageantes : Les couples sont perdus, déséquilibrés, paumés dans cette société qui les font courir dans touts les sens. Ils n’y trouvent plus ou peu de repères, en ont une vision galvaudée, leur réalité est tronquée, ils sont partis dans un marathon à la performance.

 

Prenons un peu de hauteur et regardons la société médiatique et internautique.

Le sexe et son cortège de plaisir sont omniprésents. Le mot sexe est le plus tapé sur Google (recherche du mot SEXE sur Google = 300 millions de pages, contre 6 millions pour PORNOGRAPHIE). On cherche donc sur Internet une source de plaisir, une explication à son manque de libido, qui est devenu une des raisons les plus courantes de séparation dans les couples, avant même une recherche d’emploi ou de logement.

 

La plupart des couples ne s’arrêtent pas là, achat de magazine féminin, masculin, de santé pour trouver la recette miracle d’un plaisir constant qui sauvera leur couple de la routine de la vie. Les programmes de TV sont aussi fouillés pour ne pas manquer l’émission sur ce sujet brûlant.

 

Les sources de soi-disant information sexologique foisonnent et noient la population. Combien ne sont il pas dans nos salles d’attente, la peur au ventre, venant déverser leur plainte de ne pas être comme leur couple d’ami ou encore de ne pas jouir comme dans les magazines ou les films porno ? Beaucoup trop malheureusement…

 

Allons encore un peu plus loin… arrêtons-nous sur le vocabulaire d’aujourd’hui qui est là pour soi-disant aider, pour définir les choses du sexe.

Le plaisir doit être profond, exaltant, transcendant, jouissif, explosif, ardent, violent, … Non je n’ai pas pris le dictionnaire des synonymes, j’ai juste regardé dans quelques revues de ces dernières semaines. Chaque mot donne une couleur différente au terme plaisir, chacun y voit ce dont il rêve et non la réalité corporelle, physiologique de cette réaction humaine. Les gens vivent leur sexualité comme en regardant la « Star Académie » : dans un rêve de perfection, de luxe, sans contrainte ni questionnement.

Combien de frustration de ne pas voir les murs trembler dans une chambre illuminée de feux d’artifices par la fusion des corps brûlants, réveillant par la même occasion la bête qui est en nous. Voilà comment une de mes patientes est venue me dire en pleurant : « Moi je n’ai pas ça, je suis donc anormale, sauvez-moi… »

Ne parlons même pas des fausses rumeurs de découvertes sexologiques… il parait que les femmes auraient 2 points G, l’un tout aussi détectable que l’autre, comme sur une carte routière, elles pourraient éjaculer sur demande et vivre des orgasmes de plus de 20 minutes.

 

Combien de couples, d’hommes, de femmes ne sont pas perdus se voyant définis comme « hétérosexuel », « bisexuel », « homosexuel », mais aujourd’hui on va plus loin en parlant de « Métrosexuel » (Autrement dit, le métrosexuel est un homme urbain de n'importe quelle orientation sexuelle ayant un sens développé de l'esthétique, qui dépense énormément de temps et d'argent dans son apparence et son style de vie) ou de « übersexuel » (über signifiant en allemand « au-dessus de ») est un homme à l'apparence macho ou virile, mais qui l'entretient soigneusement. De type barbe de trois jours, poils dépassant de la chemise, l'homme se tourne un peu moins vers lui-même et un peu plus vers les autres).

Alors, quand on découvre des articles parlant d’androgynes, d’hermaphrodites, de travestis, transsexuels, drag king, drag queen, transformistes, new half ou encore shemales, avouez qu’il y a de quoi y perdre son latin.

 

Les magazines et autres démonstrations « Upper at home » (sorte de démonstrations « tupperware » du sexe à domicile) nous font là aussi rentrer dans un monde digne de celui d’Alice au pays des Merveilles. La sexualité, l’érotisme rime avec : Butt Plug, de Love Pillows, Cockring, … Nous sommes là aussi bien loin des vibromasseurs vendus pudiquement dans les 3 Suisses sous le label de « masseur pour le cou et le visage » et des exercices de Kegel enseignés sur les bancs universitaires.

Les couples, pour avoir plus de plaisir, doivent utiliser encre au chocolat, huile de massage comestible, baume de plaisir, fouet « soft » et canard vibrant pouvant être connecté à son lecteur MP3. Des catalogues de plus de 50 pages présentent ces nouveaux joujoux (enfin pas si nouveau que ça pour certain…).

Quelques exemples :

  • Œuf vibrant en titane avec télécommande à distance

  • Vibromasseur de forme différente (lapin, dauphin, sainte vierge, fantôme, épis de maïs, sucette, chenille, pâquerette, sphère, pinceau, rouge à lèvre, …) lumineux, à tête tournante, rechargeable dans la voiture et waterproof

  • Godemiché en quartz rose avec queue de renard tintée

  • Menottes en cristaux

  • Culotte vibrante

 

Les sextoys (jouets sexuels) donnent l’illusion que la sexualité est un jeu d’enfant que l’on doit agrémenter des dernières trouvailles du moment. Une véritable mode faisant l’effet d’une vague déferlante. Ces objets sont actuellement vendus comme des révélateurs de jouissance pouvant guérir tous les problèmes sexologiques. Des techniques de vente à la pointe du marketing (couleurs, formes, produits éphémères, ..) et des formations pour démonstratrices sont mise au point pour faire parler les femmes de leur problème de couple pour leur faire signer un bon de commande pour un kit complet de réveil de plaisir perdu.

 

Au niveau littérature, en ce qui concerne les livres de vulgarisation, ce n’est pas non plus entre « La sexualité pour les nuls » et les « Osez » de la Musardine Paris que notre population va trouver une vision objective de son intimité. « Coucher pour réussir », « l’échangisme », « le triolisme », « Tourner son film X à plusieurs », « le SM pour tous » … sont présentés dans ces petits livres de poche comme simple et utile pour s’épanouir dans un couple.

 

Les positions sexuelles du Kama Sutra ont été revisitées pour plus de nouveauté. La poésie est au RDV mais rarement l’explication : Le bond du tigre, l’union de l’huître, étreinte du Panda, chameau étouffé, l’embrassement du lait et de l’eau, l’étoile du matin, l’étoile du soir, le mélange des graines de sésames et de riz, …

 

Je pourrais aussi vous parler de la notion de couple à proprement parler … Avant il y avait les couples mariés et les célibataires. Aujourd’hui, il y a d’innombrables possibilités d’être à deux.

Il y a le mariage, juste civil et/ou religieux, païen, celtique, médiéval, le contrat de cohabitation légale, les unions libres, les couples de vacances, les couples juste pour le sexe, les spécialistes des breaks à répétition, les « chacun chez soi » avec ou sans enfant, le foyer commun, les couples à distance, les couples virtuels d’Internet, les couples « Cleenex » (quand ça ne va plus, on change), etc.

 

Et puis, comme j’entends au moins deux fois par semaine dans mon cabinet : « Dite Madame, je dors déjà avec ma femme, je bosse, j’ai mes occupations, mes enfants, mes copains, … et vous me demandez de passer plus de temps avec ma femme pour approfondir notre intimité !!! Mais vous ne vous rendez pas compte, vous, c’est impossible, je n’ai pas le temps »

Il est important pour chaque conjoint d'avoir une vision claire des attentes personnelles projetées sur son couple. Quelles sont ces attentes ?

  • Un état amoureux permanent ?

  • Une sérénité permanente, l'absence de dissension ?

  • Une vie sociale active, une réussite professionnelle, avec l'appui du conjoint ?

  • Un lieu sécurisant pour les enfants ?

  • Une harmonie familiale englobant les parents, les enfants, les petits enfants ?

  • Une réussite financière ?

  • Un partage de loisirs ?

  • Une harmonie sexuelle ?

  • Une guérison radicale de ses problèmes personnels ?

Même si ce n’est pas représentatif du reste de la population, j’ai posé la question des attentes aux 17 couples suivis ces 6 derniers mois, des couples de 16 ans jusque 57 ans : aucun ne savait répondre à cette question et tous m’ont regardé comme si j’étais une extraterrestre.

Le couple d’aujourd’hui n’a plus le temps, veut tout tout de suite et est littéralement perdu dans son époque. Les plaintes sexologiques sont, pour la plupart d’entres eux, le manque de désir, de plaisir, lié à la peur, aux blocages de n’être pas comme les autres, anormal par rapport à la société, « culture » ambiante ou magazine hebdomadaire, qui rassure une semaine et angoisse la semaine suivante..

 

Les personnes viennent nous voir en dernier ressort car il est tellement plus facile d’aller voir le sexologue « Gaël », le sexologue « ami », le sexologue «  radio » ou pire, certaines démonstratrices de sextoys qui vient jusqu’à domicile. Nous pouvons dire qu’ils sont une sorte de concurrent, non sur un plan financier, mais sur l’objectivité et la réalité de leur information qui font bien trop souvent des ravages sur le public.

 

Il est donc grand temps pour nous, réels et officiels sexologues de s’informer sur ces multiples messages et nouveaux dictas de la sexualité de couple.

 

Comment me demanderez-vous ?

En travaillant en collaboration entre nous. Une réelle collaboration. Personnellement, j’ai tenté le coup sur Liège en proposant à quelques sexologues de se réunir une ou deux fois par mois pour aborder ce type de sujet. Mais rien n’a bougé, pas le temps, pas le besoin, chacun est resté dans son petit cabinet avec son savoir personnel.

 

Nous avons la chance de pouvoir utiliser des tremplins comme l’ADES pour justement faire passer des infos entre nous, confronter nos avis, nous enrichir, continuer nos réflexions, … et nous faire connaître du public en qualité de spécialiste. C’est ça aussi la formation « continue » des sexologues que nous sommes.

Utilisons la revue et le site Internet de l’ADES pour nous instruire mutuellement et faire connaissance de ces nouveaux détracteurs, des nouvelles tendances, objets, ouvrages que peut être nos patients auront en main.

Nous devons nous tenir au courant des nouveautés en matière de sexualité, de message de prévention, d’avancée scientifique auprès des plannings, centre de recherche, de statistiques, … que ce soit au niveau belge qu’européen.

 

Les choses bougent, vite, très vite, partout et tout le temps, nous nous devons, pour nos patients et pour nous même, d’être à la pointe de l’information.

Certains spécialistes en matière de tendance disent que nous entrons dans une nouvelle aire en matière d’intimité et d’érotisme. Il est grand temps de nous ouvrir et de retrouver notre curiosité d’étudiant, avide de savoir et de découverte.

 

Sabrina Bauwens

Sexologue

www.sexologieliege.be

 

 

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17:50 Écrit par Michel Amand dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

06/04/2008

AUX ASSISES FRANCAISES DE SEXOLOGIE ET DE SANTE SEXUELLE

Conférence Assises Françaises de Sexologie et de Santé Sexuelle à Strasbourg du 3 au 6 avril 2008.


C'est le sujet d'une conférence interactive, gratuite et ouverte à tous, organisée aux assises françaises de sexologie le 4 avril 2008 à Strasbourg. L'amour, le couple, la sexualité sont les trois thèmes qui seront abordés par le Pr Pierre Costa (chirurgien urologue et président de l'AIHUS), le Pr Didier Jacqmin, les Drs Marie Chevret-Méasson et Sylvain Mimoun.

Nous avons tous au fond de notre cœur le souhait de rencontrer l'amour et de former un couple. Lorsque nous pensons avoir trouvé notre compagnon, nous défendons notre bonheur de toutes nos forces. Mais le temps qui passe, les problèmes quotidiens, les différences avec l'autre font que les crises s'installent. 
Alors, se posent les questions suivantes (qui seront abordées lors de la conférence) :


Le couple est-il fait pour durer ?

La plupart des psys pensent que le couple est fait pour durer… un certain temps. Ils estiment qu'il est facile à faire durer quelques années, mais que le couple pour la vie est bien plus difficile à faire tenir. C'est un rêve pour beaucoup d'entre nous, un rêve qui, si l'on veut le voir se réaliser, demande d'y investir de l'énergie. Car s'entendre parfaitement bien pour toute une vie, sans nuage, est impossible. Approcher cet idéal demande des ajustements permanents. C'est ce qui produit les crises de couple, les toutes petites crises comme les graves différents. L'ajustement est parfois facile, parfois douloureux, et quelquefois impossible. 



Devons-nous lutter pour lui ou nous séparer ?

La réponse n'est pas simple, car cela dépend de chacun. Lutter pour maintenir uncouple vaut la peine, sauf si l'on se sent se perdre dans cette lutte.
Les ajustements sont donc toujours possibles jusqu'à un certain point. Pour que la lutte pour le couple soit productive et positive, il faut que les deux partenaires s'ajustent et y trouvent chacun leur compte. Si l'un des deux écrase l'autre systématiquement, la rupture risque de survenir tôt ou tard. 
Ainsi, pour durer, un couple doit apporter à chacun de ses membres plus de positif que de négatif. Pour avoir envie de rester deux, il faut trouver des avantages affectifs, ou de toute autre nature, et ces bénéfices sont ce qui nourrit le couple. Ces avantages sont matériels, impossible de le nier, affectifs, sexuels, familiaux, sociaux, psychologiques...


Quelle est la place de la sexualité dans le couple et comment réagir lorsqu'un trouble sexuel apparaît ?

La sexualité est le lieu même du couple, la seule activité qui soit totalement spécifique au couple. Un problème sexuel peut parfois être le signe de difficultés de couple qui s'expriment alors à travers le corps dans cet espace sexuel. Mais des troubles sexuels, complètement médicaux au départ, peuvent aussi entraîner de grosses difficultés de couple et rejaillir sur la relation amoureuse des deux partenaires. Et cela se produit à cause des angoisses, des non-dits, des suppositions sur les origines du trouble. Ces suppositions peuvent par exemple être : ' Je ne suis peut-être pas à la hauteur '. ' Peut-être que l'autre me trompe '. ' Je ne suis plus désirable '. Ces suppositions ou les pensées que l'on prête à l'autre peuvent être totalement fausses et cependant entraîner une grave distance entre les deux partenaires du couple
Alors, réagir, c'est prendre en compte les problèmes et non se voiler la face en pensant que si l'on ne parle pas d'un problème, c'est qu'il n'existe pas.


Existe-t-il des solutions ?

Bien sûr, et les solutions sont de plus en plus pratiques. Traiter les troubles sexuels devient de plus en plus efficace (par exemple, les troubles de l'érection), mais aussi s'informer sur le fonctionnement sexuel et psychologique du couple. C'est ce à quoi s'applique la sexologie française actuelle pour que tous les individus et tous les couples vivent au mieux leur sexualité.

La médecine moderne et la sexologie se veulent optimistes et de grands progrès réalisés ces dernières années nous permettent d'espérer.


' Question d'amour ? Question de couple ?

Une conférence publique ouverte à tous, gratuite et interactive est organisée par l'AIHUS (Association Inter-Hospitalo Universitaire de Sexologie) à Strasbourg, au Palais des Congrès le vendredi 4 avril 2008 de 18h30 à 20 heures. 
Les intervenants répondront aux questions du public qui pourra les inscrire sur les papiers spécialement distribués de manière à conserver un anonymat respectueux.


31/03/2008

Dr Catherine Solano

18:57 Écrit par Michel Amand dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |