28/11/2006

Quelques extraits du congrès de l'AIHUS à Marseille en mars - avril 2006.

QUELQUES EXTRAITS DES NOTES PRISES AU 36EME SEMINAIRE DE SEXOLOGIE CLINIQUE DE L’AIHUS – MARSEILLE 03-04/2006.

 

Internet et les relations de couple.  Joseph Lévy. UQUAM. Montréal.

 

Le développement des réseaux internet offre à l’exercice de la sexualité, l’anonymat, l’accès facile et à des prix abordables.

Dans le contexte contemporain d’une mutation des modèles de la famille et de la sexualité, plusieurs études montrent une augmentation du nombre de célibataires dans la société.  Au Québec, leur nombre passe de 65 à 90% entre 1970 et 1996.

Cette célibatisation de la société pour des raisons évidentes de marché – chaque individu isolé doit s’équiper suffisamment, ce qui double les besoins par rapport à une société formée de ménages- va de pair avec une recherche de l’intimité, de la relation pure et s’appuie sur une sexualité plastique, tandis que 70% des célibataires disent avoir envie de fonder un couple.

 

La technologisation de la rencontre via des sites spécialisés ou des « match making » basés sur des questionnaires préalables qui visent à optimiser les convergences entre les individus, comporte de nombreux avantages :  (3% d’utilisateurs disent avoir épousé quelqu’un rencontré sur le site)

-elle utilise des critères spécifiques

-elle diminue les contraintes liées aux rôles de genre

-elle minimise le rôle de l’apparence physique

Mais elle rencontre aussi des inconvénients :  (42% font état d’une ou plusieurs mauvaises rencontres)

-les relations sont superficielles et à la fois surinvesties, ce qui multiplie les déceptions

-il y a risque de compulsion et de dépendances

 

Deux études menées respectivement en milieux hétérosexuel et homosexuel montrent les résultats suivants :

En milieu hétéro :  on en a marre d’être seuls ; ras-le-bol des bars ; on peut rechercher des relations amoureuses ou des « fuck-friends ».

Le but des participants est d’augmenter le nombre de partenaires potentiels.  Mais vu la disproportion entre utilisateurs féminins et masculins, ces derniers retrouvent la compétition entre hommes.  Les usagers disent ne pas mentir pour ne pas décevoir et figurer sur des listes « noires ».  Ils soignent leur marketting.

La tendance est à la recherche de modèles grands et minces, et de partenaires sans enfants.

Le « clavardage » devient un nouveau langage à apprendre, fluide, rapide, sans détours.

Les risques d’agressions sexuelles ne sont pas plus fréquents que dans d’autres types de rencontres.  Et les utilisateurs se prémunissent en avertissant leur entourage des rendez-vous éventuels.  Ils enregistrent les numéros de téléphone reçus.

Le temps moyen entre une inscription sur le site et une première rencontre est de deux semaines.

L’inconvénient majeur réside dans les déceptions ainsi que dans le manque de chimie interpersonnelle à la base de la rencontre.

En milieu homo :  on constate plutôt une recherche d’actes sexuels spécifiques versus relations véritables.

 

Les impacts sur le couple sont une augmentation des relations extramaritales, une dépendance à la connexion sur ces sites de rencontre et une augmentation de la pornographie comme référence commune à propos de sexualité.

Couples infertiles et sexualité.  Michèle NAOURI .  Paris.

 

Dans la question du désir d’enfants, les couples peuvent se sentir perdus après 3 mois d’arrêt de la contraception, alors que l’infertilité est constatée médicalement après 18 mois d’essais infructueux.

Le taux de 25% de fécondabilité humaine est mal accepté par les couples confrontés à un délai.  Souffrance et colère, diminution progressive de la fréquence des relations sexuelles quand la sexualité devient reproductive et programmée, la vie amoureuse s’en trouve altérée.  Les femmes décrivent moins de désir, moins d’orgasmes.  Il faut procréer, ce n’est plus érotique.  Une des causes rencontrées :  l’endométriose avec dyspareunie augmentée en cas de stress psychologique par exemple suite à des chocs émotionnels ou des abus sexuels.

Les hommes s’enferment dans le silence, fuient dans le sport, se sentent responsables.  Ils en arrivent à souffrir de troubles de l’érection et de l’éjaculation avec diminution de la libido.

Le couple est envahi de reproches mutuels et de problèmes sexuels.

 

Les tests puis la P.M.A. consacrent l’omniprésence du médecin vécu par l’homme comme un rival et ces pressions s’ajoutent à celles de l’entourage familial.

 

Il y a souvent un problème sexuel sous-jacent et l’érotisme souffre encore plus de la P.M.A.

 

 

Le couple vieillissant :  état des lieux.  Gérard RIBES Psychiatre sexologue.  Lyon.

 

En 2010 , ¼ du monde aura plus de 60 ans.  Y a-t-il une sexualité des séniors quand la longévité et la qualité de la vie augmente ?  Y a-t-il un droit au plaisir, au désir, à la lubrification ?

 

En 2000 en France, 79% des hommes et 51% des femmes vivent en couple.  Les difficultés sexuelles sont principalement liées au veuvage.  Les divorces augmentent actuellement chez les quincagénaires, mais ils se remettent quasi tous en couple et 64% se disent satisfaits..

 

Du point de vue de la sexualité, une forte satisfaction se marque au début du couple puis diminue jusqu’à la retraite où la satisfaction repart chez les 60 à 80 ans.

 

Pour maintenir une sexualité satisfaisante chez les âgés voire les très âgés, il s’agit de ne pas les désexualiser.

 

Les difficultés sont liées au manque de partenaire ou à ne pas se sentir sexuellement attractif.

 

 

Prise en charge des difficultés sexuelles des sujets âgés.  Béatrice CUZIN.  Bordeaux.

 

Il s’agit d’évaluer la demande du couple et de modifier le cas échéant leur sexualité par des facteurs de correction en tenant compte d’une prise en compte diagnostique de leurs particularités.

La prise en charge vise à une bonne information sexuelle et à une bonne hygiène de vie.  Il faudra éventuellement changer les traitements en cours, fournir une aide à l’érection et un traitement hormonal substitutif féminin.  Chez les femmes de plus de 70 ans :  testostérone, DHEA ou soja.  Mais aussi recommander de monter chaque jours 2 étages ou de faire 20 minutes de marche quotidienne.

Les femmes parlent de leur sexualité.  Marie CHEVRET-MEASSON.  Lyon.

 

Un questionnaire portant sur 6000 femmes en France tend à remettre en question certains préjugés à propos de la sexualité féminine.

 

83% d’entre elles ont connu un homme qui avait une panne sexuelle.  Et ce à tout âge. Elles dédramatisent, mais seraient favorables à des traitements pour résoudre ces problèmes.

La fréquence de leurs relations sexuelles leur convient-elle ?  Oui à 62%.  Les autres voudraient plus de R.S.  51% l’expriment, Elles prennent les devants et ont des exigences.  La pénétration est importante mais pas indispensable (elle l’est plus pour les plus de 50 ans ).

La panne d’érection est surtout contrariante dans son attitude à lui.  Pour 55% des femmes, ce n’est pas grave et 48% lient la panne à l’âge.  73% en parlent.  Quant au vécu par rapport au traitement, 39% apprécient si c’est fait dans la discrétion, 15% sont indifférentes, alors que pour 12% ce n’est pas facile et pour 5% très difficile d’imaginer son partenaire en érection grâce à une aide médicamenteuse.

 

« L’homme aurait plus confiance en lui » apparaît comme une des principales attentes citées par rapport à un traitement.

Que faire pour soutenir ces femmes ?  les rencontrer, les écouter, les encourager.

 

 

Quel couple pour les femmes aujourd’hui ?  Philippe Brenot.

 

Le couple d’aujourd’hui a une trentaine d’années au sens où son imaginaire est différent de celui de nos parents ou de nos grands-parents.  Depuis 1970, il y a appauvrissement de la relation maritale.  Le couple n’est plus pensé « pour la vie ».

Une constante de toutes les sociétés réside dans l’infériorisation de la femme et si à partir de 1970, la durée du couple diminue et l’espérance de vie augmente, le taux masculin de recombinaison est important avec pour conséquences une augmentation du nombre de femmes seules.

Il y a un foisonnement de styles de conjugalité.  Des couples familiaux, parentaux, conjugaux, érotiques ?  L’exigence érotique est devenue de plus en plus importante renforcée par un véritable terrorisme des médias.

Nos arrières-grands-parents étaient dans le monde des femmes et dans le monde des hommes, séparés.

Puis les femmes qui ont eu 20 ans en 1960 voulaient la reconnaissance égalitaire, la liberté et la fidélité.

Celles qui ont eu 20 ans en 2000 ont connu une évolution passant par le féminisme, les comportements libertaires, le sida, l’erratisme et la maîtrise de la relation.

Leurs attentes visent à passer d’une vie matérielle ou matérialiste à l’amour et à l’érotisme.

Une partie non négligeable des femmes veulent rester sous une certaine domination masculine.

 

Et les hommes ?  Il y a eu abandon partiel de leur position dominante suivie d’une difficile reconstruction.  Ils refusent de se remettre totalement en qustion, mais sont plus pères que maris.  Et l’inversion des rôles conjugaux et parentaux est parfois mal acceptée par les générations actuelles de femmes.

De plus il est difficile pour les jeunes garçons de s’identifier à des pères faibles.  Il n’est ni assez tendre, ni … assez solide !

 

Il y a le couple attendu, idéal, construit sur l’expérience, et basé sur un désir d’amour, d’érotisme, de tendresse et de communication.  Et d’autre part le couple effectif, la réalité du couple vécu à deux, au quotidien avec ses nécessités d’ajustement, ses désillusions.

 

La mise en présence de ces deux sujets désirants à maturité psychique et érotique, exige de chacun l’écoute des attentes de l’autre afin de construire un imaginaire commun du couple.

 

 

Ethologie de l’inceste.  Boris CYRULNIK.

 

L’étude des êtres vivants et de l’inceste met en évidence que les relations sexuelles incestueuses sont biologiquement possibles mais insupportables dans la représentation tellement c’est transgressif.

 

Freud et Lévy-Strauss en ont fait un marqueur de passage de la nature à la culture. 

Un être vivant répond à des stimulations endogènes et exogènes pour déclencher un comportement, mais il répond aussi à des représentations en lien avec sa mémoire.  Un processus de familiarité se met donc en place.  Les représentations verbales, les récits, les mythes définissent l’inceste et le pénalisent.

Chez les animaux, il y a aussi des empêchements de nature neuro-physiologique :

-les oiseaux ne connaissent pas de relations sexuelles entre siblings d’une même couvée ;

-chez les mammifères, si une femelle élève son petit, celui-ci sera en malaise pendant la période d’oestrus suivante ;

-chez les babouins, les frères et sœurs s’évitent en période d’oestrus, mais aussi les pères et les filles, les mères et les fils.

L’inceste est donc un événement rare.

 

Par contre chez les bovins et les chats, l’empêchement n’a pas fonctionné et le phénomène est plus fréquent.

Chez les humains en attachement sécure, les sujets mâles seront séduits par une femelle.  Mais l’énoncé verbal existe dans toutes les cultures pour interdire l’inceste.  L’inhibition structure la société. 

Or on observe des exceptions à l’interdit de l’inceste, ainsi qu’une déstructuration sociale liée aux progrès de l’individu.

Chez les Inuit, le vrai sexe, c’est le sexe imaginaire.  Il y a le sexe anatomique, le sexe social, le sexe religieux…

Il y a eu en Egypte des incestes « vertueux » pour rester entre « vertueux ».

Les Masdéens s’accouplent entre eux pour éviter les rapports avec des musulmans.

Les musulmans peuvent épouser leurs cousins.

Toutes les sociétés interdisent des formes d’incestes variables et les sanctions varient aussi.  Si une société ne l’interdit pas, la tribu va mourir.

 

Si un dictateur prenait le pouvoir et autorisait l’inceste, ça ne marcherait pas, parce que les verrous affectifs liés à l’attachement vont fonctionner.

En revanche, deux jeunes enfants dont les parents meurent en voiture, et qui sont adoptés puis séparés, peuvent par la suite se rencontrer à nouveau, se plaire et se marier.  Ils n’ont ps le vécu de l’inceste.

La question des jeux sexuels dans la fratrie n’est pas considérée comme une faute par la société s’il s’agit de deux sœurs parce que le futur désir sexuel va faire cesser le jeu.  Entre frères et sœurs, c’est considéré comme un jeu s’il ya moins de 5 ans d’écart, mais c’est perçu comme un abus si l’écart excède 5 ans.

Enfin la position des pères face à des relations incestueuses, va dépendre de leur vécu, de leur représentation de la relation.  Ainsi le célèbre coureur cycliste Jacques Anquetil avait-il fait un enfant à sa belle-fille –qu’il n’avait pas élevée- et il a élevé cet enfant avec sa femme sans avoir l’impression d’avoir commis un inceste.  Quand les pères n’élèvent pas leurs enfants, le verrou affectif ne fonctionne pas.  Si l’interdit de l’inceste n’est pas structuré par le lien d’attachement, les représentations sont confuses, c’est le chaos.

Cet attachement fonctionne comme un circuitage neuronal de type « empreinte ».  Il dure 3 heures chez les oiseux, plusieurs semaines chez les chiens et chez les humains, toute la vie.

 

 

Voici quelques extraits de mes notes de congrès dont j’espère qu’elles puissent servir de métaphore réflexive à certains qui n’y étaient pas.

 

 

 

 

                                                                                              Michel Amand

                                                                                               

 

 

 

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